Sud Ouest 17 Mai 2012 "Corps et Graphies" Delannoy
Charente LIbre 17 Mai "Corps et Graphies" Delannoy
Le ballet des pinceaux
Avant première "Corps et Graphies"
Avant première "Corps et Graphies"
Avant première "Corps et Graphies"
Invitation CORPS ET GRAPHIES
Nouvelle de Delannoy...
Nouvelle pour la participation à l'édition d'un recueil pour la classification au patrimoine de l'UNESCO de l'hôpital des Pelerins de Pons (17)
L’horloger du sauna.
Souvent, le matin, je me hâte à sortir de la véranda : j’ai un rendez-vous étrange, devenu au fil de mes balades, rituel.
Ici, à Bogolioubovo, cette pièce largement vitrée, vestibule du froid intermédiaire qui parenthèse le corps en transit, sas de répression qui extrait des vingt cinq degrés cotonneux de l’isba pour, après des égards précautionneux d’emmitouflages multiples, vous congédie vers les moins vingt degrés épineux du dehors.
L’amplitude emplie l’hébétude, l’habitude remplit de quiétude…
A l’extérieur, ce froid terroriste, je le tiendrai en joue, même si les miennes voudraient capituler malgré leur barricade laineuse ; je le mettrai au pied, même si les miens voudraient détaler malgré leur blindage de cuir et de feutre.
Tantôt terrassier de ma tranchée, tantôt fossoyeur de mon démembrement, je creuse dans la neige amoncelée une rigole qui ne me fait pas vraiment rire.
Je contourne l’enceinte embulbée de bleu et d’or et progresse le long des masures bancales accolées au dénivelé de la voie ferrée.
Epuisé, je m’assieds sur la traverse d’une barrière qui ne protège rien d’autre que le point de vue de mes esquisses : au bout de l’immensité, se profile, grandiloquent, mon Monastère !
Je croque la meringue de ses dômes, affermis ses rondeurs, taille l’angle des tours, détoure sa silhouette et perspective ses arabesques d’un coup de crayon rageur puisque pour dompter ses talents, j’ai ôté mon gant.
Au bout de trois ou quatre ébauches, le vieux moujik me rejoint, dessine un sourire édenté, me capture dans ses bras tremblotants et me conduit à quelques pas, juste derrière, dans un baraquement adossé à une enfilade de rondins empilés de guingois, vestiges chahutés d’une construction déchue.
Sur les planches disjointes d’une petite table, il a déjà déposé une assiette de cornichons, de lard, deux verres à pied, et une bouteille translucide pleine de cet alcool frelaté qu’est le samorgon.
Peu à peu, mon sang se reliquéfie et mes chairs se réunifient.
Il comprend que je ne comprends pas, alors, il me montre toute sa vie placardée : pages de la Pravda tapissées et punaisées de médailles astiquées, chacune glorifiée ou rehaussée par une étoile rougeoyante.
La presque même, découpée grossièrement dans du carton rigide de grand format s’affiche bizarrement sous l’icône du coin sacré de la pièce, à droite.
Hérésie… Elle ose comporter sept branches ; pire, seule l’une est rouge !
Je l’interroge, le bras tendu, véritable sculpture du réalisme soviétique !
Là, il m’explique, en l’actionnant, le fonctionnement de la pendule sanitaire qui, tournée à chaque mâtine, l’enjoint à se déplacer en ville, le dimanche peinturluré, à Vladimir, par le bus numéro cinquante trois pour quelques heures de sauna, au Krasné Banya.
Il rentre, alors propre, pour m’attendre le lendemain.
Et je viens…
Didier Delannoy, avril 2012
Article de presse / Ch. Clochon Sud Ouest
| Publié le 11/05/2012 à 06h00 Par Nadine Julliard |
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Pons
L'estuaire à travers un objectif impertinent
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Sud Ouest 02/12 DEVERNISSAGE Delannoy
Pons
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